Viol

En scène, il n’y a que deux femmes qui sont les deux pivots, le double foyer de ce nœud tragique, Mado et Sophie. Mado que Sophie sollicite pour des entretiens, à propos de ce qui a lieu : l’arrestation de son mari pour viol, un double viol, perpétré dans sa propre famille. Et comment elle le vit.

Sophie est un peu plus que journaliste, pas franchement écrivain, sociologue peut-être, et peut-être aussi intéressée personnellement  à ce genre de faits divers. Mado habite une cité ouvrière, dans le Nord. Telle est, au départ, la confrontation, tel est le prétexte qui va produire une série de six entretiens rapprochés, puis une année d’interruption, et une dernière conversation.

Pendant les entretiens, il y a le magnétophone, c’est tout.

C’est ce mot, « viol », ce petit mot de quatre lettres, qui éclate comme une bombe et recèle tout le drame, l’irreprésentable. Quand on pense « viol », on a tout de suite l’image du soldat qui immobilise une fille dans un coin. On n’y échappe pas, ça colle au mot, c’est le mot qui veut ça. Or, ici, c’est autre chose : c’est un inceste qui a duré environ trois années. Le mot est donc pris à un autre niveau, c’est une décision de l’auteur : nous voyons Sophie agir de telle sorte que le mot s’impose, qu’il soit enfin entendu, prononcé par Mado, par la mère.

Mado est une femme travaillée par la vérité, qui se libère, qui éprouve pour la première fois sans doute un besoin de dire, et ce qui avait commencé comme une enquête sociologique prend au fur et à mesure une dimension tragique de jugement dernier.

Tranches de vie qui se sont figées, lettres, photographies, coupures de presse mises ensemble composent des figures différentes selon ce que l’on veut tisser, tirer d’un côté ou de l’autre : c’est la force du texte qui ouvre des niveaux de lecture, des possibilités d’interprétations qui se recouvrent sans se contredire.

J’ai voulu, avec le scénographe, un espace détaché de tout, comme si dans le noir les spectateurs et les actrices étaient  dans un univers strictement mental, suspendus à un point de vérité qui va au-delà de la vie et de la mort.

Dans une cité du Nord, une jeune femme enquête auprès d'une mère de famille, dont le mari est en prison. Pendant des années, il a violé la fille de sa femme au sein de leur foyer. Que savait exactement cette mère ? Etait-elle complice de ce drame odieux ?

Mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman

assitante à la mise en scène Stéphanie Leclercq

décoret costume de Thierry Grapotte

lumière de Philippe Collet

musique originale Marc-Olivier Dupin, interprétée par Hae Sun Kang : violon, Jean-Paul Minabella : alto, Agnès Vesterman : violoncelle.

son Serge Robert

régie lumière Gérard Monin

habilleuses Isabelle Donnet, Gwenhaëlle Noal

avec

Mado : Myriam Boyer

Sophie : Marie Armelle Deguy

 

Production  Théâtre du Rond-Point (Direction Jean-Michel Ribes)

Coproduction Compagnie Pandora avec le soutien de l’aide à la création du Ministère de la Culture

 

 

Un film a été tiré de ce spectacle, réalisé par Sophie Fillières. Il est disponible à l'achat.