La Nuit de l’iguane

Un jardin des supplices L’action se passe en 1940, au Mexique, sur la véranda d’un hôtel de seconde zone, dressé sur un pic rocheux, au-dessus des eaux dormantes d’une petite plage, au milieu d’une forêt tropicale. Nous sommes au bout du monde.

Le personnage majeur en est Shannon, un pasteur »suspendu » depuis des années, pour fornication et hérésie, et qui, reconverti dans le tourisme international, mène à travers le monde des groupes de clients, essentiellement des femmes.

Au commencement de la pièce, Shannon, égaré, à bout de forces, ayant abandonné son groupe, vient chercher refuge dans cet hôtel, que dirige Maxine, veuve dévorante et alcoolique. Des nazis se sont installés pour une longue villégiature, tandis que deux jeunes Mexicains, à demi-sauvages et qui ne parlent  que leur langue, servent d’amants à la patronne. Il y a aussi deux hôtes pauvres : Hannah, dessinatrice, pousse la fauteuil roulant de son grand-père, poète.

Dès le premier coup d’œil, Shannon s’aperçoit qu’au lieu d’un refuge il a trouvé son jardin des supplices, et qu’il va vivre là sa nuit la plus longue. Sa délivrance est l’opération d’un des plus beaux personnages féminins créés par Tennessee Williams : Hannah, la grâce, que sa phobie du contact voue à la chasteté – un héritage du puritanisme – mais à qui « rien d’humain n’est étranger. »

Éloge du désordre. Il y a un  grand désordre dans le théâtre de Tennessee Williams, qui peut laisser perplexe un spectateur français. Mais c’est un désordre salutaire, un désordre vital qui donne à chacune de ses pièces une dimension épique et fantastique surprenante, qui doit être présente dans la mise en scène comme dans le jeu. Tennessee Williams avait horreur du réalisme. Évidemment cela interdit tout discours trop logique, trop cohérent sur lui-même et son œuvre ; car il n’y a pas de système, mais seulement une recherche hantée, mystérieuse et poétique du secret même de la vie, de son admirable désordre. Admirable et terrifiant, car Tennessee Williams montre le combat très violent, extrêmement risqué que mènent ses personnages – et comment ils atteignent au pur tragique, au pur héroïsme – aux prises avec les forces vitales qui demeurent la plupart du temps sans nom, littéralement innommables. Et il ne s’agit pas seulement de la sexualité, on a trop souvent voulu l’y réduire ; plutôt de l’existence même, du mystère de la faute, de la jouissance, de la mort. C’est avec  cela qu’il a fait son théâtre, comme la plupart des grands dramaturges, depuis les Grecs, avec l’ambition annoncée de créer des tragédies modernes, imparfaites bien sûr, parce qu’aujourd’hui, disait-il, « on ne peut pas écrire de tragédies sans humour. »

Dans La Nuit de l’iguane, Tennessee Williams se livre à une belle leçon d’anatomie sur le corps de l’Amérique, le corps rigide et malade du puritanisme américain. Avec une sorte d’allégresse cynique et douloureuse, une sorte d’ébriété langagière, de jubilation méchante qui ne sont qu’à lui. Il montre l’Amérique irrémédiablement divisée  entre sa chair et son esprit, entre le sexe et l’amour, et qui se brise et qui explose au milieu de la splendeur dionysiaque de ce décor.

Un acte de bonté s’est accompli dans la jungle.

Texte français de   Gérard Wajcman

Mise en scène de Brigitte Jaques

Assistant : Olivier Besson

Décors d’Olivier Peduzzi

Costumes de Michel Cerf

Lumières d’André Diot

Son de Marc-Olivier Dupin

Maquillages de Bruno Schlegelmich

Avec :

Miss Judith Fellows : Bérengère Dautun

Hannah Jelkes : Catherine Salviat

Maxine Faulk : Catherine Ferran

Chérlotte Goodal : Catherine Sauval

Jack Latta : Claude Lochy

Jonathan Coffin, dit Nonno : Pierre Vial

Shannon : Jean-Baptiste Malartre

Tous les sept de la Comédie-Française

Hilda : Sasha Andres

Pancho : Alessio Caruso

Pedro : Gilles Depaepe

Hank : Yvan Duruz

Frau Fahrenkopf : Christine Sandre

Herre Fahrenkopf : Peter Semler

Wolfgang : Jürgen Zwingel

SHANNON

On m’a confié une paroisse cette année. Là, je n’ai pas exactement été suspendu, ils m’ont interdit l’entrée de mon église

HANNAH

Oh… Pourquoi vous ont-ils mis dehors ?

SHANNON

Fornication et hérésie… dans la même semaine.

du
23 Avril 1991
au
22 Mai 1991
au Théâtre d'Ivry
du
15 Octobre 1991
au
27 Octobre 1991
au Théâtre de la Commune/Pandora