Pandora élections

Chers amis de Pandora,

Il n’est pas coutume que la Compagnie Pandora, au nom de Brigitte Jaques-Wajaman et de François Regnault, s’exprime directement sur des questions de politique. Mais l’heure est venue de le faire, parce que les élections présidentielles proposent des choix aux Français et attendent d’eux des réponses décisives. Le choix qui se propose dimanche prochain 7 mai est, vous le savez, entre les deux candidats Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

Sans hésitation vaine, ni état d’âme, ni inquiétude, nous nous déclarons contre Marine Le Pen, contre le FN, et contre tout ce qu’ils représentent, et nous voterons pour Emmanuel Macron.

« Pourquoi nous combattons » :  nous approuvons absolument les raisons qui en sont données aujourd’hui (dans l’Express) par la déclaration de Bernard-Henri Lévy et de notre ami Jacques-Alain Miller, et dont nous vous donnons ici les principaux extraits, ceux notamment qui concernent la Culture.

Pourquoi nous combattons

par Bernard-Henri Lévy et Jacques-Alain Miller
Paru le 3 mai, sur le site de l’Express

 « En 1942, Franck Capra se voyait commander par le gouvernement des Etats-Unis sept films de propagande destinés à contrer les effets à long terme du chef d’œuvre hitlérien de Léni Riefensthal, Triumph des Willens (Le Triomphe de la Volonté), 1935. La série américaine, elle, s’intitulait Why We Fight (Pourquoi nous combattons).
Nous n’avons pas attendu une commande d’Etat qui ne serait jamais venue. Nous avons décidé de compter sur nos propres forces et de tout faire pour contrarier – afin d’en inverser les effets – cette maudite stratégie dite de « dédiabolisation » qui fut initiée par Marine Le Pen, embrassée avec enthousiasme par les médias, et qui l’amène en ce début mai, selon l’expression consacrée, « aux portes du pouvoir ».

Que disons-nous ? C’est très simple. Que le FN n’est pas un parti nouveau-né, mais qu’il appartient à la tradition contre-révolutionnaire. Le pays lui doit de très grands écrivains (Joseph de Maistre, Céline), de bons penseurs, essayistes et stylistes (Bonald, Taine, Morand, Drieu, Chardonne, etc), de grands couturiers et de grandes actrices (Chanel, Arletty)…. Mais jamais, au grand jamais, il ne faut laisser ces gens mettre la main sur les leviers du pouvoir d’Etat. Car, alors, ils perdent la tête et deviennent dangereux pour le pays. Ce sont les crimes abjects de Vichy, les exactions de la Milice et le reste – jusqu’aux procès d’épuration où les juges furent d’anciens pétainistes jugeant d’autres pétainistes moins chanceux.

Nous ne voulons pas revoir cela.

Marine Le Pen, c’est l’assurance de la ruine économique par la sortie de l’euro, suivie de l’instauration d’un régime autoritaire pour contrôler le désastre, et enfin, devant l’échec patent, l’apparition de la folie meurtrière dont le passé (Vichy, mais pas seulement) a donné de funestes exemples. Marine le Pen, ayant sacrifié un père adulé aux ambitions de sa clique …est une femme fragile en dépit de sa silhouette de soudard : on peut, vraiment, en attendre le pire.

Ecouter les électeurs du FN, leur désespoir, leurs doléances, pourquoi pas ? Ce sont nos frères humains, comme dit François Villon. Les chefs lepénistes, c’est autre chose. Aussi bien n’a-t-on nullement traité de la même manière l’Allemand du commun et les nazis de Nuremberg. Aux uns, la reconstruction accélérée, l’épanouissement économique, et un solide Deutschemark. Mais pour les chefs, la corde, tout simplement.

Crac boum hue ! dirait Tarentino.

Lors du Forum de vendredi prochain, la direction du FN sera dénoncée pour ce qu’elle est : un ramassis d’admirateurs de Hitler (n’est-ce pas, M. Chatillon ?), de négationnistes (n’est-ce pas, M. Jalkh ?) de détrousseurs de cadavres (Marine Le Pen citant Jaurès que les nationalistes assassinèrent en 14), de rescapés de l’OAS, d’anciens de la Waffen-SS ayant juré fidélité au Fürher, plus, pour la galerie, un clown pervers comme Gilbert Collard et un assortiment de divers misfits.
Ah ! on comprend l’intérêt de cette racaille à ce qu’on ne parle plus, plus jamais de son passé et de ce qu’il laisse présager de son avenir ! Que les médias aient considéré que tout rappel de cette filiation était désormais ringard, c’est leur affaire. Nous, nous disons le contraire : la mémoire, et encore la mémoire. Au fur et à mesure qu’approche le moment fatidique, les masques tombent… »

La Compagnie Pandora a fêté récemment ses quarante ans. En quarante ans nous avons vécu bien ses événements passionnants, politiques, esthétiques, révolutionnant les mœurs, les visions du monde, les arts, le théâtre, le cinéma, la culture. Nous avons toujours désiré créer, d’abord dans le théâtre, des événements visant à offrir à nos contemporains, Français ou étrangers, une vision du monde inspirée du combat pour les Lumières, pour le œuvres, quelles qu’elles soient, terribles ou drôles, tragiques ou comiques, qui élèvent  acteurs et spectateurs,  et suscitent en eux l’admiration, le plaisir et la joie, la curiosité, la pensée… La beauté. La curiosité, et, par-dessus tout, la liberté.

Mai nous n’avons jamais vu sans horreur, parfois avec crainte, mais le plus souvent avec le désir de lutter contre, les mouvements, les partis, les manœuvres, les desseins, les entreprises  visant à instituer, directement ou indirectement, en France, la haine, le racisme, l’antisémitisme, la xénophobie, l’homophobie, l’obscurantisme, le fanatisme et tout le cortège de sottises, de bassesses et d’abjections que le FN, ses acolytes et ses partisans tenteraient d’introduire ou d’imposer dans notre pays, comme leurs sinistres alliés le font ici ou là dans le monde. Nous ne doutons pas un seul instant de ce que leur arrivée au pouvoir provoquerait de catastrophe dans l’économie, notamment pour les artistes, accompagnée de mesures réactionnaires, de censures et d’interdictions, de la paresse dans la pensée, de mépris systématique…

C’est pourquoi dimanche, nous commencerons par nous débarrasser de Marine Le Pen, et continuerons à lutter contre son parti , ses partisans, ses idées, et contre tous ceux qui, de façon déclarée ou secrètement, s’en inspirent. Ce malheur ne doit pas arriver à la France, celle que nous aimons.

Brigitte Jaques-Wajeman et François Regnault