LE RESULTAT – AVIGNON ELECTIONS

Suite du précédent article de François Regnault en date du 24 mars 2014  : Avignon élections

Les Avignonnais ont donc décidé. Le PS : 47,48% ; le FN : 35,02% ; l’UMP : 17,50 %.

Rappelons qu’au premier tour, le Front National venait en tête et talonnait de peu le PS (29,63% contre 29,54% !), et qu’en se maintenant (au nom du fameux « ni… ni… »), le candidat UMP prenait le risque de faire élire le fantaisiste Philippe Lottiaux, FN, dont vous pouvez voir des sketches sur Internet.)

Les Avignonnais ont donc choisi : la femme de la Gauche a gagné , l’homme de la Droite, qui succédait avec difficulté à la maire de droite, n’a pas gagné, et l’homme de l’Extrême-droite n’a pas eu la Cité des Papes.

Dès qu’Olivier Py eut décidé de retirer le Festival d’Avignon de son lieu pour ne pas avoir à collaborer avec l’homme d’extrême-droite s’il devenait maire, et une fois que quelques bonnes âmes se furent empressées de le mettre en garde contre une décision si risquée – alors que selon le mot de Mao Zedong : « On a toujours raison de se révolter contre les réactionnaires ! » – j’ai vu un membre éminent de ce même Front National déclarer à la télévision que la décision d’Olivier Py relevait du « spectacle » – quel mépris n’ont-ils pas du spectacle, ces gens-là ! – et rappeler que son Parti avait toujours été favorable à la Culture – ah ! la Culture – et que, notamment, en cas d’élection, le Festival serait maintenu, mais que le Front veillerait surtout à ce qu’on y donne désormais principalement des « œuvres françaises » – tant il est vrai qu’ils sont tout de suite prêts, ces gens-là, à censurer les programmes !

Et puisque j’ai relevé le 24 mars dernier les réflexions de quelques personnes imaginaires, je leur ai aujourd’hui redonné la parole :

1. Le frontiste. Hélas ! Monsieur Py aura pesé sur le vote des Avignonnais, ce qui n’est pas démocratique ! Néanmoins, comme nous sommes généreux, nous ne demanderons pas l’annulation d’un vote de justesse obtenu sous la terreur. Nous irons même voir les spectacles français qu’il aura programmés, s’il en reste, espérant toutefois que notre camarade Lottiaux puisse produire ses sketches (le mot nous répugne, mais enfin, nous le préférons à one-man-show…) dans la Cour du Palais enfin rendue à notre Peuple…

2. Un homme de droite. Bon, La Droite n’a pas gagné. C’est dommage. En tout cas, notre propos a toujours été de laisser libres les vrais créateurs, même si nous déplorons souvent que les programmateurs ne prennent pas assez en compte les grandes œuvres de l’esprit. Victor Hugo, soit, mais, nous le redisons, Sacha Guitry aussi. Molière, bien sûr, mais surtout Marcel Achard. La recherche, mais aussi le Boulevard, qui a si mauvaise presse aux yeux de nos Intellectuels !

3.Un centriste. Inutile de répéter ce que nous avons dit il y a deux semaines : Ce que nous souhaitons, c’est un théâtre à l’audace modérée.

4. Le sociologue. Je souhaite qu’on fasse pression sur Madame la nouvelle Maire pour qu’elle organise des sondages auprès de sa population, et qu’on sache enfin ce que demande le peuple. Quant à la formule de Lacan « Les spectateurs, qui sont insondables », dont vous me demandez ce que j’en pense, eh bien ! je répondrai qu’on peut toujours sonder des électeurs. Je vois bien que sous le nom de spectateur se cache la catégorie de « sujet divisé » chère à la psychanalyse, mais les sciences humaines ne connaissent pas de sujets divisés. Le sujet expérimental, est, Dieu merci, entier !

5. Un homme naturellement de gauche. Nous n’avions pas de doute sur l’issue du combat. La population d’Avignon avait été calomniée. Même si nous approuvions la courageuse décision du nouveau Directeur du Festival, nous nous réjouissons qu’il n’ait pas eu à la prendre ; nous regrettons seulement qu’il ait omis de consulter les populations locales, les organisations syndicales et les personnels du Festival, qui l’eussent conforté ou non dans son aventure. Mais nous sommes, maintenant que l’orage est passé, prêts à tisser les liens les plus étroits avec la nouvelle Direction du Festival, tout en restant soucieux d’y voir encourager les forces de progrès dont nous ne doutons pas qu’elles inspireront les choix effectués.

6. Un ancien gauchiste. L’occasion de remonter de nouveau Du Millet pour la 8ème Armée, cette pièce adaptée du chinois à l’intention du Berliner Ensemble, qui avait eu un vrai succès prolétarien dans la Lorraine de 1968, la voilà de nouveau perdue ! Aussi allez-vous nous montrer encore ces œuvres décadentes qui montrent les bas instincts de la bourgeoisie, réglées en outre selon l’odieux système de Stanislavski, pourtant dénoncé par nos camarades chinois lors de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne.

7. Un petit lacanien. Vous avez voulu un maître, eh bien ! vous l’avez. Celui-ci, ou une autre, de toute façon…

8. Un point de vue talmudique ? Le Talmud n’a rien à dire là-dessus.  Le Messie, le Messie, est irreprésentable.

Suite du précédent article de François Regnault en date du 24 mars 2014  : Avignon élections