FILLE DIGNE DE MOI…

Bien des médias étaient contents de croire que Marine Le Pen, au terme de sa fameuse dédiabolisation du Front National (Diable !), avait enfin renoncé à cet antisémitisme, devenu, n’est-ce pas, si inutile et si dépassé, et dont son père avait fait si longtemps l’article premier de sa foi, l’Article du Détail.

Or voilà-t-il pas que les mêmes médias s’attristent de ce qu’elle vienne de faire un faux pas en critiquant la décision de Jacques Chirac qui accusait la police française, des Français, et l’Etat français, de la rafle du Vel’d’Hiv et des horreurs du Régime de Vichy, et refusait de les en dédouaner, puisque le Gouvernement était à Vichy, et que c’était « l’État français ». C’est bien la France qui, au dire de Chirac, en fut souillée*, il ne retenait pas l’alibi de la République à Londres, alléguée depuis lors, et c’est ce que dénie la candidate. Par là, ne reculant devant rien, prétendrait-elle rallier les gaullistes en exonérant la République des crimes de Vichy ?**

Il n’en est rien. En vérité, Marine Le Pen a un inconscient, en quoi on découvre qu’une chienne qui aboie peut parfois être un sujet, car si on laisse croire qu’elle a presque feint de se mordre les doigts d’avoir ainsi contredit la thèse républicaine (en renonçant par exemple à venir à une interview sur France-inter, pour n’avoir pas à répondre de sa prétendue gaffe), son inconscient, lui, se les a sucés goulûment, ses doigts : car digne fille de son père, Marine Le Pen a, au dernier moment, rétabli la vérité du Front National par un retour du refoulé qui lui a sûrement valu les félicitations paternelles : « Enfin, je te reconnais, ma fille, et peut-être pour ce que nos ennemis désormais communs nomment un “lapsus ”, et qui n’en est pas un, je te pardonnerai peut-être de m’avoir exclu du Parti que j’ai fondé! »

Laquelle vérité est toute simple, c’est à l’évidence celle selon laquelle c’est bel et bien l’État français qui est heureusement responsable de la rafle du Vel’d’Hiv, parce que c’était une excellente mesure conforme aux lois de Vichy adoptées par l’excellent Maréchal, et conforme à l’intérêt de la France trop longtemps enjuivée.

Aussi bien, loin qu’elle perde les voix des honnêtes gens, comme le craignaient l’autre jour ces naïfs médias de BFMTV (certes, elle en perdra quelques-unes), elle escompte bien récupérer toutes les voix antisémites qui se félicitent de cette « bévue » infâme ; c’est donc bien au Maréchal Pétain de vénérée mémoire qu’on doit en définitive cette illustre rafle (ce en quoi elle donne alors, dans un second temps, raison à Chirac), et elle entend donc bien, en le glissant aiinsi juste à la fin de sa campagne, regagner à sa cause tous les antisémites qui commençaient à douter de ses convictions … profondes : « Vivement que je puisse retourner bientôt à Vienne, se dit-elle, j’y ouvrirai le bal !»

Reste à savoir si le calcul aura été profitable, si, comme le prétendaient les politologues de BFMTV, les Français ne sont pas antisémites.

Emmanuel Macron, interrogé là-dessus peu après les commentaires de BFMTV que je relate, a été très clair : « Mais enfin, a-t-il dit, qui oublie qu’elle est la fille de son père. » Il ajoutait un peu plus tard que la France avait des racines chrétiennes (comme une évidence), et même judéo-chrétiennes, a-t-il ajouté (ce qu’on ne dit guère), et pas seulement celles-là, a-t-il continué à dire, mais aussi arabes, etc. Sans doute, s’il est lecteur de Deleuze, songeait-il plutôt à quelque rhizome, qu’aux fameuses racines !

Quant à nous, nous sommes rassurés, à supposer que nous en ayons douté un seul instant, car, pour reprendre à notre façon la sentence de Brecht : « La Fille est encore féconde qui est sortie du Père immonde.

François Regnault

*En 1995, Chirac déclara notamment lors du 53ème anniversaire de la rafle du Vel’d’Hiv. : « Il est difficile de les évoquer, aussi, parce que ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’État français. Il y a cinquante-trois ans, le 16 juillet 1942, 450 policiers et gendarmes français, sous l’autorité de leurs chefs, répondaient aux exigences des nazis. »

** Comme le dit Jacques-Alain Miller (Lacan quotidien, N°650) : « Quel culot, cette Marine ! Les héritiers de la Collaboration se placent sous la Croix de Lorraine. Mao dénonçait une tactique consistant à se placer sous le drapeau rouge pour attaquer le drapeau rouge. Marine n’attaque pas la Croix de Lorraine, elle chipe le symbole de l’adversaire. La méthode est couramment pratiquée par les Jésuites. » Je vois d’ailleurs qu’Henri Guaino déclare à ce propos : « Sa position, c’est la mienne », et il ajoute que c’était aussi celle de De Gaulle et de Mitterrand ! Autrement dit, c’est « La corruption dans les encensoirs », comme disait Pierre Boulez  (Relevés d’apprenti)!